fbpx

Comment créer une entreprise rentable et responsable, partant de ZÉRO ?

Podcast

La courbe retombe, les vaccins arrivent : on est bientôt dans le monde d’après ! Ca va être super différent hein ? Rassurez-vous, c’est pas de ce monde déconfiné que je vais pas vous parler aujourd’hui. Ce que je vous propose c’est d’être Gandhien – et je suis pas certain que ce néologisme existe. Puisqu’il faut être le changement qu’on veut voir dans le monde, voyons ensemble aujourd’hui comment créer une entreprise responsable, vertueuse et rentable, partant de rien !

800’000 boites ont été créées en 2019, en hausse de presque 20% par rapport à l’année précédente. Ca porte leur total à presque 4 millions en France. Alors, elle est pas belle la start-up nation ? Bon, il faut nuancer un peu : 96% de ces entreprises emploient moins d’une personne. Mais l’envie d’entreprendre c’est un trait commun à plus d’un tiers des français.

Alors qu’est-ce qui retient tous ceux qui se sont pas encore lancés ? Comment est-ce qu’on peut évaluer l’opportunité et les risques ? Et par où commencer ? C’est ce qu’on va voir ensemble, pas à pas aujourd’hui.

Petite précision indispensable : l’idée qui va nous servir de fil rouge ne sort pas de mon chapeau. Rendons à César ce qui appartient à Damien : le pitch, le concept et l’initiative sont nés de son cerveau fertile. Et si la théorie derrière notre exemple pratique du jour vous intéresse, je vous renvoie à l’épisode 25 du podcast (je vous mets le lien dans la description).

Rapidement, pour ceux qui ne connaissent pas Damien, tout a été écrit sur lui dans la Bible, le Kamasutra et plus récemment dans la vidéo suivante :

Damien c’est un serial entrepreneur en puissance, mais qui a jamais osé se lancer. Moi je trouve que son idée qu’on va explorer aujourd’hui est plus qu’intéressante, alors hésitez pas à venir l’encourager ou à nous partager votre point de vue en commentaires !


Créer une entreprise : Etape 1, identifier une opportunité

Pour commencer, il nous faut donc une idée, ou au moins une opportunité. C’est souvent un premier mur infranchissable, et le fait que le concept d’idée soit mal compris y est pour beaucoup. La plupart de ceux qui rêvent de créer une entreprise un jour, attendent de se réveiller un matin, de crier « EUREKA ! » et de filer tout nus à l’INPI déposer leur idée géniale. Parce que pour eux, une idée géniale, c’est un truc qui change le monde radicalement. Ils sont disruptifs. Start-up nation.

Et puis, il y a aussi un sacré biais du survivant, qui nous fait voir les Elon Musk, Mark Zucherberg et autres Tony Hsieh de ce monde comme les prototypes du créateur d’entreprise.

Pourtant, 90% des start-ups qui se créent en France échouent. C’est une statistique implacable, et qui est d’ailleurs déjà nettement meilleure qu’il y a quelques années ! Et une réussite, ce n’est pas un patron millionnaire. La plupart du temps c’est tout simplement une entreprise qui se pérennise.

Tout ça pour dire que, même Elon Musk et sa Tesla, il a pas inventé la voiture électrique. Il a pris un truc qui existait depuis longtemps (la voiture), une tendance qui émergeait (l’électrique) et l’a spécialisé sur un segment encore vierge (le luxe).

Parce que si vraiment, une idée ça devait toujours être un miracle de Dieu, créé ex-nihilo, on verrait beaucoup plus de gagnants du concours Lépine richissimes. Donc, oui, l’invention de rupture ça existe, mais non, ce n’est ni la seule façon d’innover, ni même – et de loin – l’origine principale des idées.

Améliorer, Transposer, marier

Le meilleur vivier, pour créer une entreprise, c’est encore de s’intéresser à ce qui existe. Et de préférence à ce qui marche. Vous pouvez identifier un segment de marché ou un type de produit, et en améliorer la qualité de service. Ou encore, prendre quelque chose qui fonctionne très bien dans un contexte, et le proposer dans un autre. Ou enfin, prendre deux tendances, deux produits ou deux services et les faire converger ou les marier.

Entre ici : le DriVrac

L’idée dont on va parler aujourd’hui, c’est justement une idée de mariage. Un point de convergence entre deux tendances lourdes en action en France : la collecte en Drive de courses faites en ligne – le fameux cliquer et collecter – et la mouvance « Zero Dechets » qui vise à réduire notre empreinte écologique.

On est en 2020, je vous présente plus les drive, si? Et pourtant, il y a dix ans de ça, il n’y en avait… aucun en France ! Imaginez la croissance nécessaire, pour atteindre le chiffre de 5’100 points de vente, et encore selon des chiffres de 2019. Avant les deux confinements.

Aujourd’hui, la vente en Drive dépasse les 7% du chiffre d’affaires du secteur des produits de grande consommation. Et mon petit doigt me dit que l’année spéciale qu’on vit, a sans doute pas atténué la tendance, bien au contraire. Avec cette part de marché, les drive français sont champions d’Europe, et sur le podium mondial, derrière la Corée du Sud (20%) et la Chine (18%) mais devant les Etats-Unis (5,6%).

Le drive est florissant en France, une tendance qui peut servir la création de votre entreprise !
Part de marché du commerce en ligne pour les Produits de Grande Consommation – The Nielsen Company

Particularité française, cette part de marché est largement dominée par le Drive contre la livraison à domicile, avec un rapport de 80/20 entre les deux. Ce qui est plutôt l’inverse de ce qu’on voit dans les autres pays.

créer une entreprise : l'opportunité des drives
Le drive devance de loin la livraison à domicile – The Nielsen Company

Autres tendances lourdes sur ce secteur de marché : environ un quart de la population les utilise, la pénétration est donc encore très partielle. Et dans le même temps, il y a une saturation géographique des commerces, avec de moins en moins de bons emplacements disponibles. On a même vu, en réaction, un développement de nouveaux modes de drive, notamment les drive… piétons ! (du coup, il faudrait appeler ça des « Walk »?)

« Zero Déchets » et vente en Vrac

L’autre tendance qui nous intéresse c’est donc celle du « Zero Déchets ». Elle est en partie liée à la loi, avec l’interdiction des plastiques à usage unique prévue par l’union européenne pour 2021. Mais elle est surtout citoyenne, avec de plus en plus d’adeptes, soit par conviction écologique, soit comme nous à la maison, parce qu’on a oublié le jour des poubelles et que du coup il faut survivre avec notre bac déjà bien plein jusqu’à la semaine suivante.

Cette tendance a plusieurs composantes, mais celle qui nous intéresse pour rester dans notre sujet c’est celle des achats en vrac. Le principe est simple : plutôt que de retrouver tous ses produits de grande consommation dans des emballages qu’il va ensuite falloir jeter, on peut les acheter directement dans la quantité souhaitée et dans le contenant réutilisable qu’on mettra dans nos placards. On trouve déjà un peu de vrac dans la plupart des grandes surfaces (statistique personnelle : c’est à 97% des fruits secs), et évidemment dans les épiceries bio.

Créer une entreprise : Le Vrac a le vent en poupe !
Autre statistique personnelle : 93% des personnes achetant en vrac en épicerie bio ne savent pas utiliser la balance, et vous êtes coincés derrière…

Aujourd’hui, le chiffre d’affaires du vrac frôle le milliard d’euros, ce qui représente certes moins d’1% du chiffre d’affaires global de la grande distribution, mais quand même une croissance assez phénoménale, considérant que la barre des 100 millions d’euros n’a été effacée qu’en 2013.

Avant de créer une entreprise : étudiez la concurrence

Dernier point à vérifier avant de créer une entreprise, il est intéressant de regarder la situation concurrentielle.

Si vous êtes tout seul sur un marché, c’est généralement mauvais signe. Soit vous êtes extraordinairement plus intelligent que tout le monde, soit vous surestimez la force de votre idée. Et en même temps, c’est tout aussi difficile de se faire une place si la concurrence est déjà féroce. C’est un peu comme si vous vouliez créer un Starbucks à Seattle : il y en a déjà deux par pâté de maisons, est-ce que vous pouvez vraiment tuer le game en en ouvrant un troisième ?

Pour ce qui est du DriVrac, bonne nouvelle, ça a déjà l’air d’exister à petite échelle à plusieurs endroits en France. On est donc sur une tendance émergente. Soit la vague grossira et il sera intéressant de l’avoir surfée tôt, soit elle va retomber en un petit clapotis et… vous vous rappelez que 90% des start-ups échouent hein ?

Conclusion

Bref, à la confluence du Drive et du « Zéro Déchets », il semble bien y avoir une opportunité. Donc, on peut considérer que Damien et son DriVrac cochent la case de cette première étape !

Créer une entreprise, Etape 2 : Evaluer l’opportunité

Bon, puisque le mariage du « Drive » et du « Vrac » a l’air intéressant, on peut développer un peu l’idée. Il s’agit de proposer une commande en ligne de produits en vrac, à retirer en Drive dans un délai court et raisonnable. On aura des produits de filières courtes, avec l’ambition d’offrir un portfolio aussi large que possible, pour couvrir les besoins d’un ménage.

C’est une opportunité, puisque ça repose sur deux piliers en croissance, le Drive et le Vrac. Mais une fois qu’on a dit ça, elle vaut quoi exactement cette opportunité ?

Le calcul au dos d’une serviette

Une idée, ça devrait toujours avoir son dos de serviette. Vous savez, c’est ce moment où, au restaurant vous prenez une serviette en papier, et vous faites un calcul sommaire pour vérifier ce que vous dit votre interlocuteur. Mais si vous savez, un restaurant. Cet endroit où on met les pieds sous la table et où on nous sert à manger ! Voilà comme chez mémé, mais sans mémé parce que c’est une personne à risque.

Bref, même si vous êtes pas au restau, ça marche aussi avec un dos d’enveloppe ou un mouchoir, on va pas être sectaires !

Si une idée a l’air foireuse dès le dos d’une serviette, vous vous serez épargné beaucoup d’efforts à peu de frais. Et inversement, ce n’est pas parce qu’une idée a l’air géniale en trois lignes qu’elle l’est forcément. L’aspect séduisant du résultat de ce premier calcul c’est une condition nécessaire, mais pas suffisante.

Alors faisons ce calcul pour le DriVrac.

Le marché global des produits de grande consommation est stable, voire en légère baisse (entre autres grâce à la chasse au gaspillage alimentaire). Pour les besoins du calcul, on va considérer qu’il est stable, à 110 milliards d’euros par an. On a vu que le Vrac représente un peu moins d’1 milliard, pour faire simple on va donc arrondir à 1%. Dans le même temps, la part de marché du Drive est d’environ 7%. Donc si on fait un premier croisement entre ces deux chiffres, 7% de 1% de 110 milliards d’euros nous donne un potentiel de 77 millions d’euros.

En considérant que le DriVrac ne fait « que » remplacer l’existant, à l’intersection du Drive et du Vrac, le potentiel actuel est donc de 77 millions d’euros annuels, en France. Damien habite à Strasbourg, comme environ 1% de la population française. Son DriVrac, pourrait donc ambitionner dans cette hypothèse de départ un potentiel de 770’000 € par an.

Les « 1% de la Chine »

Alors oui, on va pas se mentir, cette première hypothèse est doublement fausse.

Déjà c’est certainement pas parce que 770’000 € sont dépensés dans des achats de vrac en drive à Strasbourg chaque année, que Damien peut ambitionner de s’accaparer directement 100% du marché.

Et surtout ensuite, parce que ça ne tient pas du tout compte du potentiel de développement du DriVrac. On pourrait avoir des adeptes de Drive qui se mettent au Vrac parce qu’il est offert avec un meilleur service par le DriVrac. Et inversement des adeptes du vrac qui se mettraient au drive. Voire même, considérer que les consommateurs n’utilisant ni les Drives ni le Vrac pourraient s’y mettre.

Et c’est probablement ce segment de la population, aujourd’hui largement majoritaire, qui nous intéresse. Estimer qu’il pourrait se convertir ça a rien de farfelu puisque les parts de marché du Drive et du Vrac sont en croissance exponentielle.

Quelle est la proportion des 75% de français qui n’avaient jamais utilisé le « cliquer et retirer » début 2020 et qui s’y sont mis pendant un des confinements ? Y a carrément moyen qu’ils y prennent goût.

Cette analyse prospective c’est à la fois le sel et le danger de notre réflexion. C’est rare qu’une nouvelle boite réussisse juste en gagnant des parts d’un marché existant, donc il faudrait toujours avoir un potentiel à exploiter et à développer.

Et en même temps, c’est un mirage qu’on appelle généralement les « 1% de la Chine ». Un fondateur, amoureux de son idée, se dit que si seulement 1% des chinois adoptaient son produit, ça lui ferait plus de clients qu’il y a de belges sur terre.

Premier jet du calcul de l’opportunité

Alors on fait quoi, on se risque à un peu de divination ? On a un marché total (très) théorique de 770’000€ sur Strasbourg. Comme c’est pas la cible prioritaire (on va chercher à convertir des gens qui n’utilisent ni les Drives ni le Vrac aujourd’hui), mettons qu’on en gagne 5% presque sur un malentendu. Ca fait 40’000 € annuels.

On a aussi les gens qui utilisent le drive et pas le vrac. Rien qu’à Strasbourg, ça représente environ 77 millions par an. Mettons qu’on en attrape 0.1%, ça nous fait 77’000€ de chiffre en plus.

Et enfin, on a ceux qui achètent en vrac, mais pas en drive. 11 millions de chiffre d’affaires à Strasbourg, dont on va s’attribuer royalement 0.5%. Donc, 55’000€.

Ca nous fait un total de 172’000€ annuels, comme assise de départ. Et comme dit, la croissance, elle viendra des nouveaux consommateurs qui pour l’instant ne sont convertis ni au Drive, ni au Vrac !

Un bon moyen de vérifier rapidement si le chiffre est débile, c’est de jeter un coup d’oeil aux boites déjà présentes sur ce segment de marché. J’ai trouvé une entreprise (TooToPoids), qui a un profil ressemblant, et qui en plus est basée en Alsace ce qui gâche rien niveau pertinence. D’après son bilan 2019, publié sur Societe.com, elle réalise un chiffre d’affaires de 118’400€. Donc, notre ordre de grandeur parait bon.

Evaluer les Coûts

Bon, on a un segment de marché, une opportunité, et on l’a chiffrée au doigt mouillé. Mais ça nous coûterait combien pour nous lancer ? Parce que bon, le potentiel c’est bien joli, mais il faut mettre les bonnes ressources en face pour l’atteindre !

Pour évaluer ce coût, on va s’intéresser à trois étages de la fusée : le produit, les canaux de distribution et la marque.

Evidemment, avec un DriVrac, on va faire de l’achat-revente. Donc on aura pas de produit à proprement parler, comme si on produisait quelque chose dans une usine. Mais notre DriVrac lui-même est un produit : par exemple, si on veut proposer de la commande en ligne, il va nous falloir un site internet et peut être aussi une application.

Pour ce qui est des canaux de distribution, il va falloir choisir : un local commercial, ou une camionnette itinérante. Le potentiel de croissance est plus important dans le local en dur, mais l’investissement est bien plus faible avec une camionnette.

Et enfin, la marque. Ca peut paraître idiot à ce stade, mais ça a son importance. Pour que quelqu’un me vende des pois chiches en vrac, avec un site internet un peu branlant et dans un local pas complètement fini, ça va me demander une bonne dose de confiance. Et ça, c’est exactement le boulot de la marque.

Bref, dans la vraie vie il faudrait prendre tous ces points et les chiffrer. Et évidemment ajouter la dimension du stock (oui, on fait de l’achat-revente, mais on va avoir besoin d’un peu de réserves et d’un fonds de roulement).

Faire la balance

Mais pour les besoins de notre exercice, je vais prendre un raccourci, et me fier aux ordres de grandeur des boîtes existantes. Ce que j’ai trouvé en farfouillant dans les boites qui publient leur bilan, c’est un taux de marge avant salaire du gérant de l’ordre de 10 à 20%. On va donc partir là dessus !

Avec notre chiffre d’affaires théorique de 172’000 € ça nous fait entre 20 et 40’000€ par an, pour payer le gérant.

A ce stade, il y a une première décision à prendre. Est-ce que le jeu en vaut la chandelle ? Est-ce qu’on croit suffisamment au potentiel de croissance de la boite pour investir autant de temps et d’efforts, prendre les risques associés, et ne gagner peut-être « que » 20’000€ par an ?

Si la réponse est oui, on avance d’une case. Si c’est non, ça peut valoir le coup de vraiment faire le calcul que j’ai enjambé il y a une minute, en évaluant par exemple l’impact de l’amortissement.

Vous voulez devenir commercial ? Je vous aide (gratuitement) à construire votre carrière sur des bases saines (et performantes) !


Créer une entreprise, Etape 3 : Expérimenter, vite.

Maintenant on fait quoi ? On prend rendez-vous à la banque pour souscrire un prêt ? On va visiter des locaux ? Ou on part voir des fournisseurs ?

Evidemment vous pouvez, j’ai pas la prétention d’avoir toutes les réponses. Mais à mon avis, ce serait une sacrée erreur.

Vous avez vu que jusqu’ici on a posé un paquet d’hypothèses, il serait peut être temps de vérifier si elles tiennent debout, non ? On suppose ce que veulent les clients, mais on le sait pas. On subodore comment les trouver et quel service leur apporter, mais en toute honnêteté, on a pas le début d’une preuve.

Alors on fait quoi, on se monte une stratégie 2025 avec trois implantations et 7 employés et on va la présenter à un banquier ? Et si on est morts dans 3 mois, on remboursera notre prêt avec quoi, des regrets ?

Il faut pas tomber dans l’excès inverse non plus, et courir comme des poulets sans tête. Créer une entreprise c’est pas un sprint, c’est une course de fond. Et ça demande à la fois une vision structurée et une grande flexibilité.

Objectif de long-terme : Trouver son business model

Ce qu’on veut trouver aussi vite que possible, c’est un modèle économique durable (oui, j’ai essayé de franciser « business model »). Chaque créateur est libre de définir ça comme il veut. Il y aura sans doute une dimension de rentabilité, mais peut être aussi un impact social, environnemental ou l’idée de construire quelque chose pour ses enfants !

Pour trouver ce modèle économique, il faut résoudre une équation simple : que veulent nos clients, et comment est-ce que ça peut nous rapporter de l’argent.

A ce stade, on est comme Socrate, on sait qu’on en sait rien. Mais on peut formuler des hypothèses. Pour le DriVrac, ça pourrait ressembler à ça : « à choisir, mes clients préféreraient être des consommateurs éco-responsables. Mais uniquement, si ça leur demande pas d’effort supplémentaire ! »

Maintenant, il reste plus qu’à vérifier l’hypothèse, en allant directement poser la question aux clients. Attention par contre, pas avec un questionnaire, ou des clients fictifs. Parce qu’il y a une grande différence entre ce qu’on voudrait tous faire en tant que consommateurs, et ce qu’on fait vraiment.

Construire une expérience rapide

A la place, on va monter une expérience pour tester l’hypothèse. On peut par exemple concevoir un site internet pour notre DriVrac qui proposerait tous les produits disponibles en vrac au supermarché d’à côté. Ensuite, on va investir dans une petite campagne de pub Facebook ou Google, pour cibler les consommateurs autour de chez nous et les attirer sur notre site internet.

Après, s’ils achètent, on va courir au supermarché à côté, préparer leur commande, et la ramener chez nous. Pardon je veux dire au point de collecte. On prévient les clients que la commande est disponible et qu’ils peuvent passer la chercher. Et quand ils viennent, on leur propose suivant la saison un verre de vin chaud, un jus de pomme frais ou un thé vert, et on en profite pour leur poser un peu plus de questions sur leur vision de consommateurs.

De la même manière, ça va être intéressant de cibler ceux qui ont cliqué sur la pub, mais qui n’ont pas acheté dans notre DriVrac. Qu’est-ce qui les a arrêtés ? Un problème de confiance ? Pas assez de produits disponibles ? Est-ce qu’ils préfèrent être livrés plutôt que de passer dans un Drive ?

Avec les différents outils de ciblage et de tracking modernes, vous allez pouvoir rassembler ces données précieuses à peu de frais, et vérifier votre hypothèse de départ.

Si vous avez tapé dans le mille, vous pouvez envisager de faire grossir l’expérience ! Et sinon, vous pouvez continuer d’itérer jusqu’à ce vous trouviez la bonne formule.

Pour ceux que ça intéresse, je vous conseille l’autobiographie de l’ancien patron Zappos, qui raconte comment ils ont appliqué exactement cette méthode. Et comment ils ont fini par revendre leur boite à Amazon pour 1.2 milliards de dollars, à peine 10 ans après avoir lancé un site, par lequel ils vendaient en fait les chaussures des magasins du quartier. Je sais que je vous ai dit de vous méfier du biais du survivant, mais c’est vraiment un chouette bouquin, ça se lit comme un roman !

De l’expérience rapide au MVP

Maintenant qu’on a validé à toute petite échelle notre hypothèse de marché, il faut affiner notre proposition de valeur. L’idée c’est de construire un MVP – ou PMV en français, produit minimum viable.

Cette version un tout petit peu plus élaborée de notre prototype de départ va devoir répondre à deux questions : est-ce que le DriVrac apporte de la valeur à ses consommateurs. Et est-ce qu’il peut grandir au delà de ses premiers utilisateurs.

Pour ça, on va mettre en place des boucles CMA – oui je sais, encore un acronyme. C pour Construire, en l’occurrence notre prototype. M pour Mesurer. Ca peut être le taux de clic sur nos pubs, le pourcentage de conversion entre notre catalogue sur le site du DriVrac et les passages en caisse ou encore le nombre de clients qui reviennent parce qu’ils sont satisfaits de notre service. Et enfin A pour Apprendre. Au delà des chiffres, au début on veut échanger le plus possible avec nos clients pour les comprendre de mieux en mieux !

Et à chaque fois qu’on aura fini d’apprendre, on relancera une boucle de construction intégrant ces apprentissages. Je vais pas plus loin là dessus pour aujourd’hui, parce que ça fait déjà beaucoup d’infos, mais avec un peu de méthode on peut vraiment cartonner avec cette approche d’expérimentation rapide.

Créer une entreprise, Etape 4 : Choisir son moteur

Dernière étape avant de se lancer, le double choix du moteur. Double, parce que vous allez voir que la question se pose deux fois.

D’abord, il faut qu’on décide comment on veut s’y prendre pour créer notre entreprise. Première option, tout faire soi-même. On part d’une feuille blanche, on crée un site pour le DriVrac, et on le fait grandir au fur et à mesure. A un moment on arrêtera d’aller acheter au cas par cas dans le supermarché d’à côté, et on investira dans du stock. Et à terme, on investira soit un local, soit une camionnette.

Le gros avantage c’est que le risque est quand même très limité. On peut perdre du temps, et un peu d’argent dans les phases d’expérimentation. Mais rien de démesuré ! L’inconvénient, c’est que ça va pas être rapide. Clairement, on est pas sur un cycle start-up / scale-up.

Deuxième option, racheter une boite. Soit directement un DriVrac, mais ça court pas les rues et c’est sans doute pas pertinent, soit un drive ou une épicerie de vrac voire une supérette. Gros avantage : on a un outil prêt à l’emploi et on peut tout de suite attaquer à une taille conséquente. Mais il y a aussi deux inconvénients, déjà on pourra se permettre beaucoup moins d’expérimentation rapide, et ça rendra un pivot presque impossible, mais surtout ça représente un gros investissement et donc un sacré risque.

Enfin, troisième option : monter un partenariat. Par exemple, avec le supermarché d’à côté qui vous sert de stock. Lui, il vous garantit d’avoir toujours accès à de la marchandise, peut-être même à un meilleur prix que le prix public, ou il vous dournira un espace de collecte pour votre Drive. Mais en échange, vous allez devoir lui reverser une partie de vos bénéfices. Avantage : vous avez la logistique sans le risque. Inconvénient : vous aurez qu’une part du gâteau.

Deuxième choix : le moteur de croissance

Une fois que vous aurez fait ce premier choix, il va falloir décider comment vous voulez grandir. Là encore, il y a trois options. Première option, parier sur vos superfans. L’idée c’est d’apporter un service tellement bon à vos premiers clients, que vous allez les fidéliser instantanément. Et ensuite, au fur et à mesure vous allez faire monter le panier moyen.

En gros, vous allez leur offrir le meilleur achat en Drive de pois chiches en Vrac. Et une fois qu’ils auront trouvé ça si génial qu’ils n’envisagent plus de se passer de vous, vous essayez d’élargir ce qu’ils achètent chez vous. Et tout au bout de l’histoire, l’intégralité de leurs courses passe par vous.

Deuxième option, la croissance virale. Cette fois, vos premiers clients doivent devenir des ambassadeurs. L’objectif c’est pas tant de leur faire acheter plus chez vous, mais de les pousser à dire à la terre entière à quel point acheter chez vous est fantastique. En gros, il va falloir que vous fassiez tout votre possible pour encourager le bouche à oreille !

Et enfin, dernière option, la croissance payante. Là, vous allez reproduire à plus grande échelle la recette utilisée pour l’expérimentation rapide : diriger par de la publicité toujours plus de clients sur votre page de conversion. Vu à la fois les marges pas mirobolantes du secteur dont on parle et l’aspect éthique / entreprise à mission du business qu’on essaye de créer, ça me paraît pas être la meilleure des stratégies, mais c’est vous le patron.

Si je devais choisir…

Toutes ces options se défendent, honnêtement. Maintenant, si je devais conseiller Damien, je partirais sur une solution où on fait tout nous mêmes, vu que le supermarché d’à côté peut de toutes façons pas nous refuser une vente. Alors oui, on va probablement perdre un peu d’argent pendant la phase d’expérimentation rapide, mais on va collecter tellement d’infos à ce stade que ça vaut clairement le coup.

Et pour ce qui est du moteur de croissance, je jouerais sur la viralité. La pub, comme dit je pense pas que ce soit viable à long terme, ça amputerait trop les marges. Et faire grossir le panier d’une poignée de super-clients, je pense que ça limiterait trop le potentiel de croissance du concept, qui sinon me semble plutôt exponentiel. Donc, je miserais clairement sur la recommandation dès le début, en accompagnant ça d’une stratégie de contenu, histoire de créer une communauté et un ton de marque autour de notre business à mission.

Et surtout, j’essayerais de me donner tort à chaque cycle Construire – Mesurer – Apprendre, pour être sûr de ne jamais devenir sourd aux retours de mes clients !

Créer une entreprise : Conclusion

Alors, qu’est-ce qu’on attend ? On a une idée, une opportunité, une stratégie et on a même choisi un moteur de croissance. On le lance ce DriVrac ? Y a peut-être encore un dernier élément qui a son importance. Il faut avoir envie.

Je sais que j’ai commencé en disant que, suivant les sondages, 30 à 50% des français veulent créer leur boite. Mais si on passe d’un potentiel de 30 millions d’entrepreneurs à 800’000 créations, c’est pas uniquement parce que 29 millions de personnes savent pas par où commencer. C’est peut être aussi parce que le salariat c’est confortable. Ca a une tonne de défauts, et de fait si on bosse bien, ça construit la réussite de quelqu’un d’autre. Mais bon, matériellement c’est plus rassurant.

Paradoxalement, créer une entreprise c’est souvent un truc qu’on fait plutôt quand on est au pied du mur.

Il y a aussi une dimension culturelle. La culture de l’échec en fait, c’est la meilleure source de réussite. Tant qu’on a peur de se planter, on hésite à se lancer. Et tant qu’on voit comme un fiasco le fait de pivoter et de changer son idée de départ, on s’entête avec quelque chose loin d’être optimisé. Et on se plante.

La réussite d’un entrepreneur, mais aussi d’un vendeur, d’un business developer et de bien d’autre corps de métier, elle passe par l’agilité. Alors même si vous vous lancez pas après cette vidéo, j’espère que je vous ai au moins convaincus de ça !

Tiens au fait, YouTube ça a commencé comment ?

Tiens d’ailleurs, on est sur YouTube pas vrai ? YouTube au départ c’était un site de rencontres, en vidéo. Mais dans leurs boucles CMA, ils ont constaté que les vidéos que les gens mettaient en ligne étaient loin d’être majoritairement des clips de lover se présentant à l’être convoité. Non, il y avait beaucoup de vidéos de chatons et de fêtes de famille ! Du coup ils ont pivoté, et ils sont devenus ce qu’on connait aujourd’hui.

Alors je me demande, combien de vos amis, proches ou comptables vous parlent de créer une entreprise ? Vous voulez leur donner un petit coup de pouce ? Partagez-leur cette vidéo ! Et ensuite, venez nous raconter en commentaires ce que vous pensez de l’idée d’un DriVrac.

Je suis vraiment curieux ! A bientôt.

Catégories Podcast

Laisser un commentaire

0 Partages
Partagez
Partagez
Tweetez
Enregistrer